Thomas Lubanga et Corneille Nangaa : Ces moqueurs insurgés qui nous agressent
La scène politico-sécuritaire congolaise prend des allures de théâtre surréaliste. Deux noms, autrefois opposés dans leurs rôles, se retrouvent aujourd’hui dans un même camp : celui de la rébellion. Corneille Nangaa, ex-président de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI), et Thomas Lubanga, ancien chef de guerre, ont choisi la voie des armes pour contester un pouvoir qu’ils ont pourtant, chacun à sa manière, aidé à façonner ou à combattre.
NANGAA, LE PROCLAMATEUR DEVENU INSURGE
Corneille Nangaa fut celui qui annonça au monde l’élection de Félix Tshisekedi comme président de la République, lors du scrutin controversé de décembre 2018. Un acte qui le plaça au centre de l’histoire contemporaine du Congo. Six ans plus tard, le voilà allié à des groupes armés, contestant la légitimité de celui qu’il avait contribué à installer au sommet de l’État. Un retournement de veste à la fois déroutant et symbolique d’un certain cynisme politique.
LUBANGA : DU CACHOT DE LA HAYE AU MICRO DE KAMPALA
Mais plus surprenante encore est la trajectoire de Thomas Lubanga Dyilo, un nom synonyme de douleur pour les populations de l’Ituri. Ancien chef du mouvement rebelle Union des Patriotes Congolais (UPC), Lubanga a été arrêté à Kinshasa en 2005, puis transféré à la Cour pénale internationale (CPI) en mars 2006. Il y fut reconnu coupable de crimes de guerre notamment l’enrôlement d’enfants soldats entre 2002 et 2003 et condamné à 14 ans de prison en 2012 avant d’être libéré en mars 2020.
Donné pour mort politiquement, Lubanga refait aujourd’hui surface depuis Kampala, en Ouganda, où il annonce avoir fondé une nouvelle rébellion : la Force pour la Révolution Populaire (FRP). Selon ses propres mots, il serait victime d’« un exil forcé » lié à la « persécution » dont il serait l’objet pour ses critiques contre « l’affairisme et l’incapacité » des autorités congolaises.
DES JUSTIFICATIONS A GÉOMÉTRIE VARIABLE
Autant chez Nangaa que chez Lubanga, une même stratégie : revendiquer la légitimité du combat au nom du peuple, alors que leurs motivations sont liées à des intérêts personnels. Ce retour sur le devant de la scène armée, après des années de pouvoir ou de prison, a de quoi intriguer, voire indigner.
« Si l’Ouganda me soutenait vraiment, je serais déjà aux portes de Kinshasa », ironise Lubanga dans son dernier point de presse ténu. Une déclaration qui n’a pas convaincu tout le monde.
OUGANDA, PARTENAIRE OU COMPLICE ?
Les révélations du dernier rapport du Groupe d’experts des Nations Unies mettent à mal l’image de coopération affichée entre Kinshasa et Kampala. Le document affirme que l’Ouganda aurait facilité la mise en place de la CRP/FRP, conditionnant même son soutien à la prise de contrôle de zones stratégiques autour du lac Albert.
Comment alors expliquer que Lubanga opère librement depuis la capitale ougandaise, alors même que son mouvement appelle au renversement du gouvernement congolais ? Pourquoi le Congo ne réagit-il pas fermement face à ce double jeu diplomatique ?
UN PAYS PIEGE PAR SES PARADOXES
Le retour de Thomas Lubanga sur la scène rebelle et la présence de Corneille Nangaa dans les rangs armés illustrent une instabilité profonde du leadership congolais, où les anciens faiseurs de paix deviennent fauteurs de guerre, et où les partenaires internationaux deviennent des plateformes de sédition.
Face à cela, le peuple congolais reste spectateur d’un cycle sans fin de trahisons, de revirements et de manipulations.



